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Martin
VAUGHN-JAMES
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Martin Vaughn-James (1943-2009)
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Né à Bristol en 1943 et fixé à Bruxelles après de longues pérégrinations dans le monde entier, Martin Vaughn-James est une des figures clé de la bande dessinée contemporaine. Son travail, actuellement seulement disponible en français, a exercé une influence capitale sur la genèse du roman graphique, bien avant que ce concept n’ait été « inventé » par des auteurs comme Eisner ou Spiegelman. La Cage (paru au Canada en 1975 et en France en 1986), chef-d’œuvre absolu du neuvième art, est devenu au cours des ans comme un livre culte : à la fois tellement novateur que même aujourd’hui on ne sait pas trop comment le classer et inlassablement relu et réutilisé par toutes sortes de dessinateurs soucieux de reconnaître les limites du médium. À l’occasion d’une exposition-hommage à Angoulême, Thierry Groensteen, à ce moment directeur du musée de la bande dessinée, y a même consacré une entière monographie : La construction de La Cage (2002).
Afin de saisir la portée d’un livre comme La Cage, il importe de connaître un peu le cadre des références littéraires de Martin Vaughn-James. Au moment de l’élaboration de La Cage, l’auteur était très influencé par le Nouveau Roman, un mouvement expérimental des années 50 qui cherchait à mettre en question les fondements même de la littérature. Au lieu de raconter une histoire basée sur la vie intérieure d’un personnage ou des événements de sa vie de papier, les Nouveaux Romanciers mettaient au point des textes en s’appuyant seulement sur le pouvoir des mots, tout en mettant l’accent sur la logique propre du texte, tant sur le plan de sa composition d’ensemble que sur celui de son écriture mot à mot, phrase par phrase.
Telle est la nouvelle logique fictionnelle et narrative que Martin Vaughn-James a traduite en images. D’une part comme illustrateur, notamment dans la revue d’avant-garde Minuit, où il excellait à adapter l’univers d’auteurs comme Samuel Beckett ou Robert Pinget en des nouvelles de quelques planches. D’autre part comme inventeur d’une nouvelle forme de récit graphique, avec La Cage comme sommet indépassé.
Ce volume de quelque deux cents pages est conçu comme un immense courant d’images qui à raison d’une image par page et en suivant un au rythme martelant fait apparaître et disparaître sous nos yeux les métamorphoses d’un espace très singulier. Les variations sur le motif mystérieux de la cage entourée de barbelés au cœur d’un paysage initialement vide et désertique puis de plus en plus plein et étouffant, fournissent l’occasion d’un voyage étourdissant dans le temps comme dans l’espace qui invite le lecteur à réfléchir avec l’auteur sur les règles du jeu visuel aux règles sans cesse changeantes. La Cage est en effet un livre sans structure préconstruite, sans scénario préalable, mais pas pour autant sans règles ou régularités. Bien que totalement privé de personnages et sans véritable charge narrative dans les courtes légendes qui accompagnent certaines des planches, La Cage est un livre dont les pages se tournent mais aussi se retournent fébrilement. C’est surtout une illustration somptueuse de ce que le roman graphique est capable de faire dès qu’il essaie de faire plus que raconter une histoire.
Après La Cage, Martin Vaughn-James continuera à explorer infatigablement les ressorts de son art, à la fois dans ses autres romans graphiques (L’Enquêteur, Chambres Noires), où l’importance de l’écriture ira croissant, et dans son travail de peintre. L’album de Schuiten-Peeters (en collaboration avec la photographe Marie-Françoise Plissart), L’enfant penchée, où il apparaît sous les dehors du peintre Augustin Desombres, est un superbe hommage aux possibilités de la fusion des arts.
Jan Baetens

Martin Vaughn-James devant l'un de ses tableaux
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Martin pour mémoire
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Faut-il la mort, vraiment, pour que nous comprenions à quel point nous aimions – à quel point nous aimons – ceux qui comptaient pour nous ? Faut-il la mort, vraiment, pour comprendre que nous les avons manqués, en les aimant mal, en ne sachant pas le leur dire ?
Je repense à Martin.
Longtemps, il ne fut pour moi que l’auteur d’extraordinaires séquences graphiques dans la revue Minuit. Ce devait être vers 1973, vous voyez ça d’ici. Dans Minuit, il y avait Beckett et Claude Simon, Robbe-Grillet et Deleuze et Guattari. Il y a même eu Mao Tse-Toung. Et il y avait quelques dessins. Robert Varlez, Michel Longuet. Et Martin, Martin Vaughn-James. Un drôle de nom, difficile à orthographier correctement. Plus difficile encore à prononcer. Dans Minuit, Martin apparut dès le numéro 2, avec « Le chien », et il devint bien vite indissociable de la revue. Il était le Nouveau Roman par l’image. Pas son illustrateur, mais celui qui le prolongeait, en des séquences narratives et brisées à la fois.
Pour quelques écrivains de ce temps-là, jeunes ou moins jeunes, Martin était le dessinateur ami, celui qui comprenait les textes et l’écriture. Ses images venaient naturellement prendre place dans les revues que nous aimions.
Je ne sais plus pourquoi au juste je les ai rencontrés pour la première fois, Sarah et lui, à la fin des années 70. L’étonnant est surtout de ne pas nous être croisés plus tôt. Je me souviens de leur appartement de la rue Monge, à deux pas de chez Claude Simon, comme d’une sorte d’immense volière. Des dizaines d’oiseaux volaient en liberté, sans la moindre cage. Peut-être est-ce ce jour-là, pourtant, que Martin m’a montré pour la première fois l’album The Cage, paru en 1975 à Toronto. Ébloui par la sûreté du dessin, par la puissance de ce labyrinthe narratif, je me suis aussitôt demandé pourquoi un tel livre n’existait pas en français.
Je travaillais alors, avec Marie-Françoise Plissart, dans une petite librairie bruxelloise appelée « Macondo ». Nous sommes parvenus à commander quelques exemplaires de The Cage au Canada. Nous les avons placés à côté de la caisse, nous en avons parlé à tous les proches, nous les avons vendus très vite. Bientôt, nous en avons redemandé un plein carton. Et quand nous avons créé les Impressions Nouvelles, au milieu des années 80, avec Marc Avelot et Jan Baetens, La Cage a fait partie de nos premières publications. Fonder une maison d’édition, entreprise difficile et dangereuse, c’était aussi, c’était d’abord, vouloir rendre visible un chef-d’œuvre comme La Cage.
Les années passent. Éternels nomades, Martin et Sarah s’étaient fixés en Normandie, pas bien loin de chez Flaubert. Mais Flaubert était mort et les hivers étaient glacés. Un jour, ils arrivèrent à Bruxelles. Pourquoi Bruxelles ? Mais pourquoi pas, quand on est passé par Bristol, Sydney, Toronto, Paris et quelque trou normand ? Ils s’installèrent à Saint-Gilles, place Louis Morichar, juste en face de chez Marie-Françoise et Virginie.
Nous nous sommes vus plus souvent. Martin ne dessinait plus. Il peignait. Les galeries avaient remplacé les revues, mais son univers était toujours là, aussi dense, aussi prégnant, aussi intempestif. Bruxelles y prit de plus en plus de place.
Plusieurs années durant, Martin eut son atelier dans la maison que nous habitions, Sandrine Willems et moi, rue de la Source. De temps en temps, l’un de nous frappait à sa porte pour découvrir ses nouveaux tableaux.
Martin avait rencontré beaucoup de nos proches, et d’abord François Schuiten. Pour nous, il accepta de devenir Augustin Desombres, un artiste maudit de la fin du 19e siècle, hanté par des images d’un autre monde où il essayait de passer. Desombres s’imposa dans Les Cités obscures. Martin lui prêta ses traits et un peu plus que ses traits, à de multiples reprises. Entre les photos de Marie-Françoise, les planches de François, les tableaux de Martin, bien des motifs se sont croisés.
L’amitié ne fut pas toujours facile. La vie nous rapprochait, nous éloignait, nous nous heurtions quelquefois. Nous étions rudes, bourrus peut-être, chacun à notre façon. Mais me reviennent quelques moments magiques, comme le tournage du petit film sur la naissance d’un tableau, dans l’atelier de la rue de Livourne. Ou comme cette rencontre à Angoulême, lors de l’exposition des originaux de La Cage, où Martin put sentir à quel point ce livre avait fait son chemin, silencieusement, et était devenu quasi mythique.
Aujourd’hui encore, si nous fermons les yeux, si nous pensons à Martin, des images nous arrivent et se fixent, inoubliables. C’est le propre des grands artistes.
Benoît Peeters
12 septembre 2009
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Je me souviens de Martin Vaughn-James
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Voici, réécrit de mémoire, à partir de quelques bribes rédigées au crayon blanc sur un carnet noir retrouvé, l’un des textes que j’ai dû écrire vers le début des années 80, alors que Martin Vaughn-James et moi-même envisagions une collaboration pour un livre de textes et d’images. À l’époque, le concept de “roman visuel“ était peu développé, je crois, et mon désir, à vrai dire, était informulable. Je commençais tout juste à écrire pour quelques revues que j’aimais alors, des laboratoires d’écriture où je me sentais à ma place, où il se passait quelque chose de vivant, d’insolite, comme la revue Minuit.
“Il y a beaucoup de choses que je ne regarde pas, où je suis seulement là, comme une odeur chaude de caoutchouc sur le pistil d’une fleur, je distingue des silhouettes, ça parle, j’entends des mots, ça fait une curieuse musique qui m’évoque des images, des couleurs, des sarabandes de lieux qui s’enchaînent, se chevauchent, se superposent, sans logique apparente pour les gens qui y vivent, qui se sont dits un jour Oui, c’est là que je vis, c’est là que je veux aimer, c’est là que mon corps cessera de bouger. Parfois, dans mon lit, ces choses-là vont très vite, comme pour échapper au sommeil, elles s’articulent en des structures complexes que j’essaie de comprendre jusqu’au petit matin, jusqu’au café au lait que quelqu’un me présente, avec une grosse tartine de pain de seigle, c’est sans doute ma grand-mère qui l’a confectionnée, elle aime trancher le pain en biseau, appuyé contre sa poitrine, la blouse couverte de cette poudre dorée que je prends parfois pour du sang. Le ton est doux, je fais oui de la tête, je mange et je vois des algues, ma langue les chahute d’une gencive à l’autre, elles s’enfoncent une à une, lambeau après lambeau, dans le siphon profond, où je devine leur décomposition comme si j’en étais à la fois la victime et la cause, cela me fatigue beaucoup, d’autant qu’en ouvrant la bouche, en mordant de plus belle, je mets en route un nouveau cycle avec des images nouvelles qui ressemblent un peu aux anciennes, mais ne sont plus tout à fait les mêmes, les décors ont changé, le temps aussi sans doute, comment savoir, alors que le café au lait les efface, vraies ou fausses, sur le sable doré du gosier qui me brûle.
Ce matin, je suis malade. Le docteur a dit ça. Malade et contagieux. Rester au lit, une fois encore. Et personne n’a dit Non. Le docteur n’aime pas être contrarié, il sent mauvais, un tissu imbibé qui aurait séché dehors, pas très loin d’une étable. On a parlé de fièvre, fait le tour des épidémies, avec des noms bizarres comme des fleurs exotiques, je me sentais important avec des noms pareils. Ce n’est rien, a dit le docteur, c’est un sourire de fièvre. C’est comme ça que j’ai pu comprendre que la fierté et la température avaient un point commun, un petit sourire indicible, j’ai pensé que ça pourrait m’aider dans la vie de savoir une chose comme celle-ci, que j’avais bien de la chance de pouvoir apprendre dans mon lit, sans avoir à enfiler cette blouse bleue que je n’aime pas pour aller recopier des prières sur le vieux tableau noir, où plein d’autres derrière s’entremêlent, mal effacées. Et cette poudre de craie sur les doigts, qui elle aussi, parfois, sous les vitraux de la chapelle, a des reflets de sang.“
Les éditions de Minuit, pour moi, c’était tous ces textes immenses – Butor, Pinget, Beckett, Simon, Sarraute, et Ricardou, entre autres – qu’un auteur à lui seul, comme un séduisant corsaire, un rebelle à l’intelligence redoutable, armé d’une étoile bleue, lançait en maître absolu à l’assaut de la littérature bourgeoise : Alain Robbe-Grillet, l’irremplaçable. Mais les éditions de Minuit, l’image que j’en avais, c’était aussi ces “petits dessins“ qui, pendant plusieurs années, ont donné aux couvertures de la revue la valeur visuelle d’un mystère et toute l’étendue d’une étrangeté familière. Ces dessins, point après point, étaient alors comme des cristaux de sens, comme si le Nouveau Roman tout entier et quelques autres textes qui ne s’écriraient jamais avaient un jour franchi la frontière de l’image et s’y étaient en quelque sorte cristallisés, formant ces matériaux visuels à clés, dont aucune porte, pourtant si précise, ne donnerait jamais sur une illusion de réel apaisante. Les dessins de Martin ont l’élégance et la générosité, la cruauté aussi – mais cela n’a jamais été incompatible ! – de nous montrer l’ambivalence de nos perceptions, de nos attentes, de nos errances, le trouble de nos désirs que l’on croit perspectives et qui, souvent, ne sont que des miroirs ou des reproductions de rêves, qui parfois ne nous appartiennent pas, comme dans la vie en somme, comme dans la littérature de Borges. Tout objet, dès lors qu’il se dessine, y apporte la trame ou la trace d’une énigme. Il porte le souvenir ou la prémonition. Tout y est en suspens, avec ce sentiment pourtant que tout est accompli, que sont rassemblées là les pièces qui précèdent ou qui suivent une action dramatique, dont les protagonistes sont déjà ailleurs, passés à autre chose. Certains sont encore dans l’image, peut-être, ou y sont revenus, silhouettes anonymes dans un geste immobile ou gros plans de visages dont on ne perçoit parfois qu’un fragment, tandis que d’autres nous regardent, nous observent, au centre ou à la limite de la page, comme pour plonger en nous et, en toute innocence, savoir ce qui est arrivé, ce qui peut advenir, si l’on se met un instant à leur place. Qu’avons-nous vu ? Que comprenons-nous à ce que nous voyons ? Nous sommes les spectateurs, les témoins, de toutes les choses que nous imaginons, et qui souvent ne tiennent qu’à un détail, un indice, à une fausse évidence dont nous seuls avons le secret dès lors que nous y projetons du sens. Les dessins de Martin nous enferment dans la logique d’une démarche policière, où des morceaux de rêve, des fragments de fantasme, nous conduisent sur des pistes laissées par nos instincts, faisant de nous des enquêteurs suspects, lancés tels des voyeurs aux trousses de nos ombres. Toutes les lectures de l’œuvre sont possibles, bien sûr, comme dans le surréalisme, comme dans le Nouveau Roman, l’analyse historique, philosophique, psychanalytique, matérialiste, et l’on en trouvera bien d’autres encore, mais la plus probante restera la nôtre, individuelle et universelle, celle qui joue avec nos connaissances, nos repères, celle qui, avec les aléas de notre construction, nous met au centre de l’énigme et lève un coin du voile, qui lui-même est peut-être un leurre, sur le sens de notre propre cage.
Trente ans ont passé maintenant depuis ma première rencontre avec Martin, mais nos rendez-vous au quartier Latin n’ont pas pris une ride. Il est là, avec ses joues creusées de grand oiseau inquiet, buvant une petite bière qui ne sera pas la dernière. Contrairement à bien des auteurs de l’écrit, il n’est pas venu pour parler de lui-même, il s’est assis pour connaître l’autre, pour savoir ce qu’il fait, ce qui le fait vivre, comprendre en quoi ses dessins ont pu susciter chez lui de l’intérêt, rencontrer ses préoccupations. Son écoute est totale, comme si les mots de l’autre, même parfois anodins, avaient une valeur que lui seul pouvait estimer. Dans des silences qui n’en sont pas, nous partageons de sourdes angoisses, qui se résolvent bientôt dans une exaltation à l’idée de ce qu’on va en faire, une image ou une phrase. Il y a aussi des rires, qui cachent de nouveaux nuages, de sombres inquiétudes. L’intranquillité est à notre table. Mais au bout d’une heure ou deux, il doit rentrer, sa femme l’attend, il doit faire quelques courses pour dîner.
La première fois que je suis entré chez Sarah McCoy et Martin Vaughn-James, ma surprise fut d’abord immense. Je connaissais quelques textes de Sarah, où je me sentais en terre familière, et bien sûr le travail de Martin, que j’imaginais solitaire et, pour dire vrai, produit dans une sorte de bunker sans lumière, à demi ensablé. Je ne peux décrire avec exactitude mon sentiment d’alors lorsqu’un petit oiseau est venu se poser sur ma main. J’entends encore les rires de Sarah et de Martin, et leurs quelques paroles échangées en anglais, mais j’étais trop éberlué par cette volière géante pour chercher à comprendre leurs clins d’œil malicieux. Nous étions entourés de petits oiseaux colorés, des oiseaux des îles, qui allaient et venaient à leur guise dans la vive clarté de ce salon bibliothèque, haut perché dans les étages, aux murs tapissés de filets pour protéger les livres. J’étais dans la stupeur, avec des images fausses, une fois encore, à gommer de mon imaginaire.
Le livre imaginé, finalement, ne s’est jamais fait. La vie avait à faire avec nous ailleurs, autrement, par d’autres chemins et avec d’autres gens. Il y eut une quinzaine de textes et une dizaine de dessins, je crois, dont un ou deux rejoignirent les couvertures emblématiques de la revue Minuit. En 1984, Martin fit un dessin pour la couverture de mon roman, “L’Alphabet des désirs“, qui devait paraître chez Buchet/Chastel, mais l’éditeur n’a pas voulu de cette image mystérieuse et inquiétante, car le marketing racoleur, dans le business des livres, était déjà à l’œuvre, et le respect des auteurs, au grand dam d’un Jérôme Lindon, devenait exception.
La suite de notre histoire se perd dans ma mémoire, peut-être s’arrête-t-elle là, à ce visage de femme, démesuré, dans l’entrebâillement d’une porte qui s’entrouvre sur une plage, ou quelque chose a dû se passer ou aura lieu peut-être en retournant la page ?
Aujourd’hui, ma tristesse est immense, bien au-delà de tous les mots que je pourrais écrire. Toutes mes pensées sincères vont à Sarah, et si je savais dessiner, saisir les mystères du sens de la vie, sans jamais les nommer, je lui enverrais une image de cette petite plage oubliée battue par la mousson violente, celle où je me trouve, ma plage, où des bateaux de bois, terrassés par le raz-de-marée, sont couchés sur le flanc, attendant qu’on leur donne une nouvelle histoire. Je ne sais pas laquelle, Martin doit avoir la réponse de l’autre côté de la Cage – est-elle la seule ? –, mais je sais que l’Amour et l’Art, en se transmettant, en se lovant dans le regard des autres, nous rendent plus vivants que jamais, plus libres.
Christian Rullier
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L'auteur
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Martin Vaughn-James est né en 1943 à Bristol, Angleterre. Après avoir séjourné à Londres, Montréal, Tokyo et Paris, il a longtemps vécu à Bruxelles.
Dans les années 1970, il a collaboré avec plusieurs écrivains et publié de nombreux dessins dans des revues françaises et belges telles que Minuit, Obliques, La Nouvelle Critique, Libération, Jungle, 25, etc. Il a publié au Canada quatre romans visuels : Elephant (1970), puis The Projector (1971), The Park (1972) et The Cage (La Cage) en 1975. L’Enquêteur est paru pour la première fois chez Futuropolis en 1984, avant d'être réédité aux Impressions Nouvelles.
Depuis le milieu des années 80, Martin Vaughn-James se consacre principalement à la peinture, exposant régulièrement en France, en Belgique et en Allemagne des toiles où ses préoccupations narratives s'expriment d'une autre façon. Il a publié en 2007 un roman graphique, Chambres noires, aux Impressions Nouvelles.
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Martin Vaughn-James aux Impressions Nouvelles
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- La Cage
- Chambres noires
- L'Enquêteur
- Voir aussi La Construction de La Cage (Thierry Groensteen)
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